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En mars 2009, notre expert invité était le Dr Anthony Levitt, chef de psychiatrie au Women’s College Hospital et au Sunnybrook Health Sciences Centre.

Le Dr Levitt est un chercheur chevronné au Women’s College Research Institute et professeur dans le département de psychiatrie et des sciences nutritionnelles à l’University of Toronto. À la fois clinicien et chercheur, le Dr Levitt s’intéresse particulièrement aux troubles de l’humeur, y compris la dépression post-partum, la dépression clinique grave, la dépression saisonnière et les maladies de la thyroïde. Ses recherches récentes portent entre autres sur l’impact du sexe sur les manifestations de la dépression et les pensées suicidaires, ainsi que ses effets sur la consommation de drogues et d’alcool chez les personnes atteintes d’un trouble bipolaire.

Voici les réponses à vos questions sur l’anxiété et la dépression sur les lieux de travail.


Q : Mon époux est en congé de maladie pour cause de stress depuis 10 mois. Il travaille pour le même employeur depuis 23 ans. Il souffre de dépression et d’anxiété et a été hospitalisé pour des pensées suicidaires. Comment puis-je l’aider à s’en sortir ? Je me sens dépassée, et on m’a dit que j’étais peut-être déprimée aussi. Ce serait trop à endurer pour moi. Comment puis-je nous aider à passer au travers de cette situation extrêmement difficile ?

R : Vous vivez en effet une situation extrêmement difficile. Souvent, la meilleure chose à faire pour faire face à une telle situation consiste à parler avec d’autres personnes qui ont eu des problèmes semblables. Les organismes d’entraide tels que la Mood Disorders Association of Ontario existent pour cette raison. Il existe des ressources formidables pour les personnes dans votre situation.

Il ne faut pas que vous négligiez vos propres besoins. Dans un avion, en cas d’urgence, on nous conseille toujours de mettre notre propre masque d’oxygène avant d’aider quelqu’un d’autre à mettre le sien. Le même principe tient dans le cas de la dépression : afin de pouvoir aider votre mari, vous devez prendre soin de vous-même d’abord. Même si la possibilité que vous souffriez de dépression est troublante, vous devez chercher activement de l’aide. La dépression se soigne et il existe de nombreuses options de traitement de nos jours.

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Q : Je souffre périodiquement d’épisodes de dépression et d’anxiété qui m’empêchent de communiquer efficacement avec mes patrons, ainsi que de maintenir ma productivité habituelle. J’ai songé à parler ouvertement de mon problème et à demander des accommodements au travail afin de protéger ma sécurité d’emploi, mais je crains que les risques soient plus nombreux que les bienfaits. Que pensez-vous de ma situation ?

R : Je rêve à une société où tout le monde pourrait parler ouvertement de ses maladies – qu’elles soient physiques ou mentales – et être accueilli avec compassion dans un système où toutes nos déficiences sont accommodées. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Il existe cependant des conseillers et d’autres intervenants qui connaissent bien ces problèmes et qui peuvent vous aider à trouver le meilleur moyen de communiquer vos besoins. Les formateurs en milieu de travail, les conseillers en réadaptation et les programmes d’aide aux employés peuvent apporter une aide précieuse à cet égard. Si vous avez un psychothérapeute ou un médecin de famille en qui vous avez confiance, vous pourriez lui parler de votre problème.

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Q : Je suis dans la fin cinquantaine et travaille au même endroit depuis près de 15 ans. Il y a de plus en plus de jeunes qui arrivent dans mon département et j’éprouve beaucoup de stress et d’anxiété à cause de cela. Je ne me sens plus à ma place parmi tant de travailleurs jeunes et je suis très consciente de mon âge au travail. Comment puis-je atténuer mon angoisse à l’idée de vieillir au sein d’une main d’œuvre de plus en plus
jeune ?

R : Il est possible que l’anxiété et le stress que vous décrivez soient le résultat de vos problèmes d’image de soi. Toutefois, il se peut aussi que votre anxiété et votre dépression aient précédé le stress que vous éprouvez au travail. J’explique : certaines personnes développent spontanément un problème d’anxiété ou de dépression qu’elles attribuent à tort à des problèmes au travail et à leurs relations, etc.

Pour commencer, il faut que vous soyez évalué par un professionnel de la santé compétent afin de déterminer si vos symptômes d’anxiété font partie d’un problème de santé plus grave. Si c’est le cas, votre première action consistera à vous faire soigner. Si, par contre, vos préoccupations concernant votre image de soi au travail sont la principale cause de votre problème, une psychothérapie pourrait vous aider à faire face à vos problèmes au travail et à y remédier. Il existe de nombreuses sortes de psychothérapie, mais les deux que l’on recommande le plus souvent pour l’anxiété et la dépression sont la thérapie cognitivo-comportementale et la psychothérapie interpersonnelle. Pour trouver une liste de psychothérapeutes, consultez l’Internet, un hôpital local, un département de psychiatrie universitaire ou encore le Collège des médecins et des chirurgiens de votre province. Votre médecin de famille pourrait avoir une liste de noms aussi. Enfin, vous pourriez demander à vos proches ou à vos collègues s’ils connaissent un bon thérapeute.

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Q : Je travaille dans le même bureau depuis plus de 12 ans. Même si notre compagnie a beaucoup grandi et compte maintenant plus de 80 employés, je connais encore le prénom de tous mes collègues. En décembre dernier, je n’avais pas le courage d’aller au party de Noël. J’avais prévu d’y aller, mais quand le jour est arrivé, j’avais le cœur qui battait, les mains qui tremblaient et les murs semblaient se fermer sur moi à la seule pensée d’y aller. J’ai dû m’évader par la porte arrière du bureau. C’était la troisième activité sociale de bureau que je manquais. Depuis quelque temps, je trouve que c’est juste plus facile de ne jamais participer à rien. Je ne sais pas pourquoi je suis comme cela. Je m’entends plutôt bien avec tout le monde, mais dès que je me trouve dans un contexte social en dehors du bureau, j’ai envie de me rouler en boule et de disparaître.

R : On dirait que vous avez un sérieux problème d’angoisse sociale qui a progressé au point d’interférer avec votre vie et votre bien-être. Cela pourrait vous étonner d’apprendre qu’une personne sur 20 au Canada souffre de ce problème qui porte le nom de phobie sociale ou trouble d’anxiété sociale. Vous vous sentez sans doute gêné et confus, et vous croyez peut-être que votre problème est insurmontable, mais la bonne nouvelle est que c’est une affection traitable. Chaque année, des milliers de personnes reprennent des activités sociales après avoir suivi un traitement contre la phobie sociale. Celle-ci répond le mieux au counselling et à la psychothérapie, mais les médicaments sont très utiles aussi chez certaines personnes. La thérapie cognitivo-comportementale est la plus efficace contre ce genre de trouble anxieux. Pour ce qui est des médicaments, on a le plus souvent recours à la famille de médicaments appelés inhibiteurs spécifiques du recaptage de la sérotonine. Il existe d’excellentes ressources sur le Web sur ce sujet, mais vous feriez sans doute mieux de parler avec votre médecin pour vous faire recommander un spécialiste ou un traitement approprié.

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Q : Je travaille dans le réseau de la santé. Est-ce que je devrais dire à mon directeur que je souffre d’anxiété et de dépression ? Je sais que ma maladie a parfois un impact sur mon rendement au travail. Je trouve que la médiation consciente m’aide beaucoup.

R : Voilà une question très complexe. La réponse dépendra de plusieurs facteurs cruciaux. En premier lieu, il y a votre relation avec votre directeur. Si c’est une relation de longue durée qui est caractérisée par la confiance, les chances sont bonnes qu’il réagira de manière respectueuse. En deuxième lieu, il faut tenir compte du style de leadership et de la personnalité de votre directeur; les patrons qui insistent beaucoup sur la productivité au détriment des gens risquent de ne pas bien réagir à ce genre d’information. En troisième lieu, cela dépend de combien vous vous sentez à l’aise de parler de vos problèmes de santé mentale. Plus vous êtes à l’aise, plus votre interlocuteur sera réceptif. Enfin, cela dépend de la culture de votre lieu de travail. Certains employeurs encouragent et soutiennent les personnes handicapées; ils parlent ouvertement de leurs défis et sont prêts à faire des accommodements. Dans d’autres endroits, la culture est caractérisée par le secret, l’antagonisme et les préjugés. Avant de dévoiler cette information, songez à en discuter avec un bon ami ou à un conseiller ou à un thérapeute d’expérience. Ce dernier pourrait vous guider et vous aider à trouver le meilleur moyen d’aborder ce sujet.

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Q : Ma patronne est microgestionnaire. Elle remet en cause tout ce que je fais et elle se permet des commentaires désobligeants dans nos réunions de personnel. Après les réunions, elle vient me parler de ses commentaires. Je me sens très anxieuse dans sa présence et je suis sur le point d’éclater. Je commence aussi à éprouver du ressentiment à l’idée d’aller au bureau et je rêve de mon travail durant la nuit. Pensez-vous que j’aie besoin d’aide professionnelle ? Des collègues m’ont dit que ma patronne fouinait des fois dans mon bureau et leur demandait où je me trouvais quand je n’étais pas à mon poste de travail.

R : Je crois bien qu’une aide professionnelle serait utile. Elle pourrait vous aider à réagir d’une manière plus saine au comportement de votre patronne et à trouver des réponses plus appropriées.

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Q : La dépression disparaîtra-t-elle si je change d’emploi ?

R : J’aimerais bien que ce soit aussi facile que ça. Il est rare qu’un lieu de travail soit le seul déclencheur d’un épisode dépressif. Dans la vaste majorité des cas, la dépression crée des problèmes sur le lieu de travail et elle ne fait que suivre la personne jusqu’à la prochaine place. Avant de prendre une grosse décision comme un changement d’emploi ou une rupture de relation, il est important de faire évaluer minutieusement votre état dépressif par un professionnel d’expérience. Votre dépression pourrait répondre favorablement à une psychothérapie ou à une médication, sinon les deux. Lorsque les symptômes de la dépression sont réglés, composer avec les stress du travail devient beaucoup plus simple. C’est alors que vous pourrez prendre une sage décision quant à votre travail et à votre avenir.

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Q : Je travaille en gestion des déficiences. La majorité de mes clients sont en congé d’invalidité à court terme à cause de la dépression et de l’anxiété. Quels indices permettent de croire qu’une personne est prête à intégrer un programme de retour au travail ?

R : Voilà une excellente question ! J’aimerais bien avoir une réponse simple à vous donner. Il faut prendre en considération trois critères avant de déterminer si une personne est prête et/ou apte à retourner au travail. Le premier est la bonne volonté du travailleur – les symptômes sont-ils réglés, la motivation personnelle est-elle présente et les séquelles de l’interruption du travail se sont-elles atténuées ? Autrement dit, est-ce qu’il y avait des conflits insolubles au travail qui perdurent ? Le deuxième critère est la bonne volonté de l’employeur – est-il prêt à faire les accommodements nécessaires pour accueillir de nouveau le travailleur, est-ce que les problèmes de santé mentale sont bien gérés sur le lieu de travail ? Le troisième facteur se rapporte aux liens relationnels – dans quelle mesure les autres travailleurs et l’employeur sont-ils disposés à créer un pont sécuritaire et les structures nécessaires pour que la personne puisse réussir son retour au travail ?

Si le travailleur est considérablement plus fonctionnel grâce à la suppression efficace de ses symptômes et que l’employeur a fait des accommodements réalistes – y compris un plan de réintégration du travailleur -, le retour au travail s’effectuera de façon plus efficace.

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Q : J’adore mon travail comme enseignant, mais mon patron essaie de contrôler tout et tout le monde. Elle souffre d’un trouble bipolaire et va jusqu’à afficher dans nos espaces communs des avis disant que les mauvais patrons tuent leurs employés à cause du stress et de la dépression. Est-il possible que le stress qu’elle nous fait subir soit la cause de mes nombreuses migraines et de la fausse couche d’une collègue ?

R : En premier lieu, il faut souligner que le stress prend de nombreuses formes. Le stress d’une personne est le défi d’une autre; il n’y a donc aucun lien précis entre les sources de stress et leur impact sur la santé des individus. Cependant, on peut dire avec confiance que moins il y a de stress négatif et destructeur dans votre vie, plus vous aurez de chances de jouir d’une bonne santé. Cela dit, des techniques d’apprentissage comme la relaxation, le yoga et la réduction du stress par la pleine conscience pourraient réduire la fréquence de vos migraines, que vous travailliez dans un milieu stressant ou pas.

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Q : J’ai une grosse charge de travail et mes échéances sont serrées. Nous manquons de personnel et plusieurs de mes collègues ont la mèche courte. J’essaie de bien manger, d’aller au gym et de maintenir un sens de l’équilibre dans ma vie. Je pensais que je me débrouillais tant bien que mal, jusqu’à ce qu’une bonne amie me dise que je ne répondais plus au téléphone quand je n’étais pas au travail et que je ne sortais plus avec mes amies. Quand je me suis arrêtée pour y penser, je me suis aperçue que je rentrais de plus en plus de bonne heure au travail. Je pensais que je faisais cela pour pouvoir travailler quand personne n’y était, mais je me suis rendu compte que je suis souvent incapable de travailler et dois rester de plus en plus tard le soir. Quant à mon prétendu style de vie « équilibré », erreur ! J’ai commencé à sauter mes sessions de gym sans m’en rendre compte et, pire encore, je mange sans arrêt de la malbouffe. Je me sens assez angoissée à l’égard de mon état actuel. Avez-vous des suggestions pour m’aider à sortir de cette descente en spirale ?

R : Quand des changements importants se produisent dans notre comportement ou notre mode de vie sans que nous nous en apercevions, il est parfois difficile d’effectuer des changements tout seul. Vous aurez besoin d’un professionnel compétent – que ce soit un « coach », un psychothérapeute ou un psychiatre – pour vous aider à déterminer la cause de votre situation et à retrouver un mode de vie plus sain. Je vous suggère une évaluation psychiatrique parce que vous décrivez certains signes qui pourraient dénoter un épisode de maladie mentale, et il est important que votre cas soit évalué en profondeur.

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Q : Connaissez-vous des ressources éducatives utiles pour aider ses employés à composer avec l’anxiété et la dépression sur le lieu de travail ? Quelle approche un employeur pourrait-il adopter pour faire la promotion d’un milieu de travail sain ? Existe-t-il des conférenciers qui se spécialisent dans la sensibilisation à la dépression et à l’anxiété sur les lieux de travail ?

R : Voici une liste de ressources qui pourraient s’avérer utiles :
Ontario au travail
Mood Disorders Association of Ontario (En anglais seulement)

Note de la rédaction :
Société pour les troubles de l’humeur du Canada (En anglais seulement)
Association canadienne pour la santé mentale
Ministère de la Santé et des Services sociaux : Santé mentale (Québec)

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Q : Quelle est la distinction entre l’anxiété et la dépression et un burnout ? Comment peut-on gérer l’anxiété et la dépression de sorte qu’elles n’aboutissent pas à un burnout, et vice versa ?

R : Le terme burnout (également appelé épuisement professionnel) est assez général. Quand le burnout est léger, cela veut dire que la personne a une grosse charge de travail qui la stresse. Quand c’est grave, il peut s’agir d’une maladie mentale comme la dépression ou un trouble anxieux. La distinction entre ces deux extrêmes est la suivante : le stress léger n’est pas habituellement associé à d’importants symptômes physiques (perturbations du sommeil, perte de l’appétit, baisse d’énergie) et cognitifs (difficulté à se concentrer ou à prendre des décisions) ou encore à des fluctuations d’humeur persistantes (tristesse, perte d’intérêt pour ses activités préférées). Par contre, les symptômes des syndromes cliniques comme la dépression et les troubles anxieux sont présents presque tout le temps et durent plusieurs semaines. Ces symptômes comprennent d’importants changements physiques, cognitifs et affectifs.

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Q : Comment peut-on évaluer la différence entre les exigences usuelles du travail et un problème d’anxiété ?

R : Dans les cas légers, les « exigences usuelles du travail » pourraient comprendre une charge de travail stressante. Dans les cas graves, il pourrait s’agir d’une sérieuse maladie mentale comme la dépression ou un trouble anxieux. Lisez ma réponse à la question sur le burnout ci-dessus pour en savoir plus.

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