En janvier 2011, demandez à l’expert souhaite la bienvenue à l’endocrinologue Sheila Laredo, médecin, professeure adjointe d’endocrinologie à l’University of Toronto et chercheuse clinicienne au Women’s College Research Institute.
La Dre Laredo étudie le traitement du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Ce syndrome cause des irrégularités menstruelles, la pousse de poils, l’infertilité et d’autres problèmes médicaux comme l’hypertension, l’hypercholestérolémie et une augmentation du risque de diabète de type 2.
En plus d’étudier le rôle que jouent l’alimentation et l’exercice dans le traitement et la prise en charge du SOPK, la Dre Laredo s’intéresse à la recherche sur l’insulinorésistance dans le contexte du SOPK, l’impact de la contraception orale et les symptômes du syndrome. Elle a formé beaucoup d’étudiants, de résidents et de chercheurs et reçu nombre de prix pour l’enseignement et la recherche.
Voici les réponses à vos questions sur le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).
Q : Quels sont les symptômes du SOPK ?
R : Le diagnostic du SOPK repose généralement sur les critères de Rotterdam (nommés d’après la ville où ils ont été élaborés lors d’une conférence). Les critères de Rotterdam stipulent la présence d’au moins deux des trois symptômes suivants :
- Ovulation irrégulière ou absente (production et libération d’un ovule par l’ovaire), jugée en fonction de l’absence de menstruations ou de la présence de menstruations irrégulières (généralement peu fréquentes).
- Preuves des effets d’un excès d’hormone masculine, qu’ils soient cliniques (pilosité excessive comme chez l’homme ou, parfois, la perte de cheveux masculine ou l’acné de l’adulte) ou biochimiques (taux d’hormone masculine élevé dans le sang), ou les deux.
- Ovaires d’apparence polykystique à l’échographie.
Il est également essentiel d’écarter d’autres causes possibles de ces symptômes. Pour ce faire, il faut habituellement établir l’historique médical intégral de la patiente et faire des analyses de sang.
Ce sont-là les principaux symptômes du SOPK. Il existe aussi des affections médicales connexes qui sont décrites dans une des réponses ci-dessous.
Haut
Q : Quelles stratégies nutritionnelles sont recommandées lorsqu’on soupçonne la présence du SOPK, s’il y a lieu ?
R : Tout d’abord, je recommande que le SOPK soit diagnostiqué de manière définitive. Cela est important car, chez de nombreuses femmes atteintes du SOPK, un meilleur style de vie et une réduction modeste du poids peuvent aider à atténuer certains symptômes. Cependant, dans le cas de certaines autres affections, la perte de poids peut aggraver le problème sous-jacent.
Pour les femmes ayant un indice de masse corporelle (IMC) normal, je recommande l’adoption d’un style de vie sain qui comprend de l’activité physique régulière et le maintien d’un poids santé. On croit que de nombreuses femmes atteintes du SOPK souffrent d’une insulinorésistance sous-jacente. L’augmentation de l’activité physique sert à atténuer l’insulinorésistance, même en l’absence de perte de poids. Il suffit probablement de faire trente minutes d’exercice aérobique modéré cinq jours par semaine pour améliorer la sensibilité à l’insuline.
Quant aux femmes ayant un surplus de poids, certaines données laissent croire qu’une perte de poids de 5 à 10 pour cent (par exemple, une perte de 4,5 à 9 kilos chez une femme qui pèse 90 kilos) peut augmenter considérablement la fréquence des menstruations.
À l’heure actuelle, les données sont insuffisantes pour affirmer qu’un régime alimentaire particulier (par exemple, un régime faible en glucides contre un régime faible en matières grasses) est plus efficace qu’un autre chez les femmes souffrant du SOPK. Nous entreprenons actuellement une étude au Women’s College Hospital pour explorer en profondeur cette question.
Haut
Q : Quel impact le SOPK a-t-il sur la ménopause, et les symptômes disparaissent-ils lorsque la ménopause est terminée ?
R : Voilà une bonne question. La présence de menstruations irrégulières permet de reconnaître le plus facilement les symptômes du SOPK, et elles disparaissent à l’arrivée de la ménopause. Toutefois, l’état actuel des connaissances permet de croire que les menstruations irrégulières sont causées par une insulinorésistance sous-jacente, et ce problème ne se résorbe pas lors de la ménopause. Puisque les personnes souffrant d’insulinorésistance courent un risque plus élevé de plusieurs troubles médicaux, je suis de près mes patientes atteintes du SOPK après la ménopause afin de pouvoir détecter ces autres problèmes.
Les troubles dont je parle comprennent des taux de lipides (cholestérol) anormaux, l’hypertension et un risque accru de diabète de type 2. Les femmes atteintes du SOPK courent également des risques accrus de stéatose hépatique (accumulation de graisses dans le foie), d’apnée du sommeil et, vraisemblablement, de maladies cardiaques. Tous ces problèmes peuvent être évalués et traités lorsqu’on parvient à les diagnostiquer. Tout particulièrement, le risque d’intolérance au glucose ou de diabète de type 2 est de quatre à cinq fois plus élevé chez les femmes souffrant du SOPK, même avant la ménopause. Par conséquent, je fais tester la glycémie de toutes mes patientes atteintes du SOPK dès le diagnostic, et périodiquement par la suite (habituellement tous les deux ans). Très souvent, un test de tolérance au glucose à deux heures s’avère nécessaire parce que la seule glycémie à jeun risque de ne pas permettre de reconnaître un taux de glucose anormal chez les femmes souffrant du SOPK.
Haut
Q : Je suis curieuse de savoir quels problèmes de santé devraient me préoccuper à mesure que je vieillis avec le SOPK ? Grâce à la metformine, mon cycle s’est suffisamment normalisé pour que je puisse avoir quatre enfants merveilleux. Mais devrais-je demander à mon médecin d’effectuer certains tests spécifiques ?
R : La metformine s’est montrée utile pour augmenter la fréquence des menstruations et peut donc être utilisée à cette fin chez certaines femmes. Lorsque les questions de reproduction deviennent moins préoccupantes et que les questions de santé prennent plus d’importance, il vaut la peine de prêter attention aux troubles médicaux énumérés dans la réponse précédente. Je recommande généralement un test de tolérance au glucose tous les deux ans, ainsi que des mesures des taux de lipides (cholestérol) et d’ALT (test de dépistage de la stéatose hépatique, quoique imparfait). Nous vérifions régulièrement la tension artérielle de nos patientes dans notre clinique. J’interroge les femmes au sujet de leur sommeil (ronflent-elles fort, leur respiration s’arrête-t-elle en présence d’un témoin, se réveillent-elles fraîches et disposes ?, etc.), et je recommande des tests pour évaluer leur sommeil si elles présentent des symptômes de ce genre. Il semble aussi que le risque de troubles de l’humeur soit plus élevé chez les femmes atteintes du SOPK, donc j’effectue un dépistage pour cela aussi.
Haut
Q : Quelles mesures peut-on prendre (outre la prise de contraceptifs oraux) pour minimiser la croissance des kystes et atténuer les autres symptômes du SOPK ?
R : Il est malheureux qu’on utilise le mot « kyste » pour faire allusion au « syndrome des ovaires polykystiques » parce que, en fait, les femmes atteintes du SOPK n’ont pas davantage de kystes dans leurs ovaires. En réalité, elles ont un plus grand nombre de follicules non développés qui sont visibles à l’échographie (ils contiennent du liquide et ressemblent donc à des kystes, mais il ne s’agit pas vraiment de kystes). Selon la définition, les follicules ovariens caractéristiques du SOPK doivent faire moins d’un centimètre, et il doit y en avoir au moins une douzaine de visibles dans l’ovaire. Beaucoup de femmes (atteintes ou non du SOPK) ont de nombreux kystes ovariens de taille importante, mais cela ne veut pas dire qu’elles ont le SOPK. Mentionnons aussi que les grands kystes ovariens sont traités d’une manière différente de celle utilisée pour les follicules qui caractérisent le SOPK.
Puisque les femmes souffrant du SOPK n’ont en réalité que des follicules visibles à l’échographie, aucun traitement visant spécifiquement les follicules n’est nécessaire.
Le traitement des autres symptômes du SOPK dépend des symptômes et des besoins particuliers de la patiente à un moment donné. Par exemple, le traitement proposé aux femmes qui ne cherchent qu’à régulariser leur cycle menstruel (notons que les contraceptifs oraux sont utiles à cette fin, entre autres options) serait différent du traitement offert aux femmes qui souhaitent concevoir un bébé.
Haut
Q : J’ai lu que les kystes ovariens des femmes obèses risquent davantage d’évoluer en cancer. Est-ce le cas des kystes causés par le SOPK ? J’ai lu un article qui donnait à penser que les « kystes » du SOPK n’étaient pas vraiment des kystes.
R : Comme je le précise dans la réponse précédente, vous avez raison de dire que les « kystes » du SOPK ne sont pas vraiment des kystes. Quant à la question de savoir si les femmes atteintes du SOPK sont plus à risque à l’égard du cancer de l’ovaire, elle porte à controverse. À l’heure actuelle, on estime que les femmes souffrant d’infertilité pourraient courir un risque plus élevé de cancer de l’ovaire, particulièrement si elles ne tombent jamais enceintes, mais il n’est pas clair si le risque est associé à l’infertilité, au traitement ou à un autre facteur. Cela dit, les données actuelles ne sont d’aucune façon définitives car elles proviennent d’études rétrospectives menées auprès d’un nombre relativement faible de femmes.
Haut
Q : Suis-je encore capable d’avoir des enfants si j’ai fait l’objet d’un diagnostic de SOPK ?
R : Oui. Il y a une fausse idée bien répandue selon laquelle les femmes atteintes du SOPK ne seraient pas capables de tomber enceintes. En fait, je connais de nombreuses femmes qui ont vécu une grossesse non planifiée parce qu’elles ne croyaient pas avoir besoin de contraception. Ces grossesses risquent d’être diagnostiquées tardivement parce que les femmes atteintes du SOPK ne s’étonnent pas de ne pas toujours avoir leurs règles.
Dans la population générale, le risque d’infertilité (souvent définie comme l’incapacité de concevoir après 12 mois de rapports sexuels non protégés) est d’environ 10 à 15 pour cent, et varie en fonction de l’âge. Chez les femmes atteintes du SOPK, le risque augmente lorsque l’IMC est élevé et que les règles sont très irrégulières ou absentes. Plus l’ovulation est régulière, plus la femme atteinte du SOPK a de chances de concevoir. Dans le contexte du SOPK, la présence de menstruations régulières ne veut pas dire nécessairement que l’ovulation a lieu, mais on peut vérifier cela assez facilement à l’aide d’un simple test de sang pour mesurer la progestérone.
Lorsqu’une femme atteinte du SOPK a de la difficulté à concevoir, elle et son partenaire devraient subir un examen médical complet, car le problème pourrait être causé par nombre d’autres facteurs. De plus, il existe de bonnes options de traitement pour les femmes atteintes du SOPK qui ont de la difficulté à tomber enceintes.
Haut
Q : J’ai le SOPK et je suis mère de trois filles. Je suis curieuse de savoir dans quelle mesure ce problème est héréditaire. À quel âge sera-t-il possible de déterminer si mes filles sont touchées ?
R : Bonne question. Certaines données laissent soupçonner un facteur génétique dans le développement du SOPK; selon ces dernières, environ 30 à 40 pour cent des mères, des filles et des sœurs des femmes atteintes souffriraient également de ce problème. Certaines études laissent croire que les filles qui auront plus tard le SOPK arrivent plus précocement à la puberté ou courent un risque accru d’« adrénarche » précoce, soit une augmentation de l’activité des glandes surrénales se produisant avant la puberté. L’adrénarche se caractérise par l’apparition d’odeurs corporelles ou d’une pilosité pubienne ou sous l’aisselle chez un enfant/ado avant la puberté. Si l’adrénarche se produit avant l’âge de huit ans chez les filles, il est considéré comme précoce. Cependant, il faut préciser que l’adrénarche précoce n’évolue pas en SOPK chez toutes les filles.
Une fois la puberté terminée et les premières règles commencées, il n’est pas inhabituel d’avoir des cycles irréguliers pendant une période d’adaptation de un an environ (ou deux ans, selon certains). Si les règles sont encore irrégulières après cette période, et plus particulièrement si la mère de la fille est atteinte du SOPK, je crois qu’il est raisonnable de faire évaluer la fille par un professionnel de la santé.
Haut
Q : Qu’est-ce qu’on peut faire pour favoriser la fertilité si on a le SOPK ?
R : Pour les femmes atteintes du SOPK, contrairement aux femmes non atteintes, la principale barrière à la fertilité réside dans l’irrégularité de l’ovulation. Ainsi, la première chose à faire consiste à veiller à son style de vie. Comme je l’ai déjà mentionné, pour les femmes en surplus de poids, la perte de poids peut améliorer l’ovulation et favoriser la régularité des menstruations, ce qui peut augmenter les chances de conception. Il est prudent de s’assurer que la femme atteinte du SOPK ne souffre pas de diabète avant d’essayer de concevoir car, faute de diagnostic et de traitement, le diabète peut compromettre la fertilité, ainsi que la saine évolution de la grossesse, tant pour la mère que pour le fœtus. Bien entendu, on recommande aussi la prise de vitamines prénatales avant d’essayer de tomber enceinte.
Si les règles ne sont pas relativement régulières - ou si elles sont assez régulières mais aucune grossesse ne se produit après six mois de tentatives - il convient de consulter un médecin parce qu’il existe plusieurs options de traitement. Le premier choix est généralement le citrate de clomiphène, un médicament oral relativement sûr et abordable, mais le choix de traitement dépend des circonstances particulières de la femme et de son partenaire. Ce médicament comporte un risque de grossesse multiple (principalement des jumeaux, mais il est possible d’en avoir plus) et d’autres effets secondaires, donc il faut en discuter longuement avec son professionnel de la santé.
Il ne faut pas oublier que l’un des déterminants les plus importants de la fertilité féminine est l’âge, que la femme en question soit atteinte du SOPK ou non.
Haut
Q : Quel est le rapport entre le SOPK et le cancer de l’endomètre, s’il y en a un ? Les contraceptifs oraux contribuent-ils au risque ?
R : Le cancer de l’endomètre est un cancer du revêtement de l’utérus. Le risque augmente chez les femmes qui n’ovulent pas régulièrement, parce que la progestérone (hormone produite après l’ovulation) permet normalement à l’endomètre (revêtement de l’utérus) d’atteindre la maturité et de se détacher de manière appropriée lorsqu’il n’y a pas de grossesse. Chez les femmes atteintes du SOPK dont l’ovulation est irrégulière, l’endomètre risque de continuer de s’épaissir, ce qui peut causer éventuellement un cancer. Bien qu’il n’existe pas d’études fiables pour indiquer à quelle fréquence les règles devraient se produire pour protéger les femmes ayant le SOPK contre le cancer de l’endomètre, la plupart des professionnels estiment que ces femmes devraient avoir des règles « de sevrage » au moins tous les trois mois si elles n’ovulent pas régulièrement.
On peut induire des règles de sevrage à l’aide de la pilule anticonceptionnelle (dans ce cas, le « sevrage » a lieu toutes les quatre semaines) ou en prenant des pilules de progestérone pendant plusieurs jours. Typiquement, la femme aura des menstruations après l’arrêt de la progestérone. On peut lui en donner tous les trois mois ou plus souvent si nécessaire. Si la metformine est utilisée et que la femme a davantage de cycles normaux, cela est une stratégie raisonnable aussi. Contrairement aux pilules anticonceptionnelles, ni la progestérone ni la metformine ne peut prévenir la grossesse si elles sont utilisées seules (et pourraient même accroître la probabilité d’une grossesse).
Ainsi, pour répondre à votre question, les contraceptifs oraux ont pour effet de réduire le risque de cancer de l’endomètre chez les femmes atteintes du SOPK qui ont des règles peu fréquentes.
Remarque importante : les femmes qui ont des menstruations excessivement fréquentes, sporadiques ou persistantes ne devraient pas envisager ce genre de saignements pour se protéger contre le cancer de l’endomètre; ces femmes devraient se faire évaluer par leur professionnel de la santé.
Haut
|