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La tension artérielle

En octobre 2010, Demandez à l’expert souhaite la bienvenue à la Dre Paula Harvey, directrice du programme de recherche cardiaque du Women’s College Hospital, chercheuse au Women’s College Research Institute et professeure adjointe de cardiologie à l’University of Toronto.

À titre de chercheuse, la Dre Harvey explore comment la tension artérielle et la santé des vaisseaux sanguins sont régulées par le corps – et comment les mécanismes en jeu diffèrent entre les femmes et les hommes. Elle s’applique à employer ce savoir pour tester de nouveaux traitements, tels que l’exercice et la médication, dans l’espoir d’améliorer le fonctionnement des vaisseaux sanguins, de réduire la tension artérielle et de réduire le risque de crise cardiaque, de perturbations du rythme cardiaque et d’AVC chez les femmes.

Voici les réponses à vos questions sur la tension artérielle.


Q : Est-ce que tous les médicaments couramment utilisés pour le traitement de l’hypertension causent une toux ? En connaissez-vous qui ne causent pas cet effet secondaire ?

R : La toux est un effet secondaire connu d’une classe de médicaments appelés inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (inhibiteurs ECA), qui sont couramment utilisés pour le traitement de l’hypertension. La toux se produit chez environ 10 pour cent des personnes qui prennent ces médicaments, les femmes étant touchées plus souvent que les hommes. La toux disparaît lorsqu’on cesse de prendre le médicament en cause, d’ordinaire après une à quatre semaines. Cet effet secondaire n’est pas associé aux autres classes de médicaments contre la tension artérielle (hypotenseurs). Si vous prenez un inhibiteur ECA qui cause une toux sèche ennuyante, discutez-en avec votre médecin. Il est possible que vous puissiez prendre un médicament appartenant à une autre classe d’hypotenseurs.

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Q : Qu’est-ce qui cause une faible tension artérielle, et quels sont les risques pour la santé ? Quelles mesures systoliques/diastoliques sont considérées comme faibles ? Y a-t-il des symptômes ? Quel est le traitement ?

R : On prend en compte plusieurs facteurs avant de parler de faible tension artérielle ou d’hypotension (contrairement à hypertension ou haute pression), notamment le sexe et l’âge de la personne. Bien que l’hypotension se situe généralement en dessous de 90/60 mmHg, une telle mesure serait considérée comme normale et saine pour une jeune personne, surtout une jeune femme. Les jeunes femmes disent souvent qu’elles ont une faible tension artérielle, alors qu’elle est en fait normale pour leur âge et sexe, et très « santé » d’ailleurs.

L’hypotension n’est problématique que lorsqu’elle cause des symptômes; en fait, elle est bonne pour la santé du fait de la protection qu’elle confère contre les maladies cardiovasculaires. Les symptômes d’une tension artérielle particulièrement faible se produisent lorsque le cerveau ou d’autres organes sont insuffisamment approvisionnés en sang. Cela peut causer de la fatigue, de la faiblesse, une vue brouillée, de la confusion, du vertige, de la nausée, des étourdissements et même des évanouissements. Il existe un type d’hypotension symptomatique courante appelée « posturale » ou « orthostatique », qui est caractérisée par une chute symptomatique de la tension artérielle qui se produit lorsque la personne touchée est debout.

Les causes de l’hypotension sont nombreuses et varient. Elles comprennent certains médicaments, la déshydratation, la perte de sang, des anomalies hormonales, les complications du diabète et des maladies du système nerveux. De plus, le vieillissement est associé à un risque accru d’hypotension posturale, d’où l’importance de vérifier la tension artérielle des personnes âgées en position assise et debout, dans la mesure du possible.

La nécessité d’évaluer en profondeur et de traiter l’hypotension dépend des symptômes et des circonstances des patients. Il est très important de prendre conscience des risques accrus de chutes et d’évanouissements si la tension artérielle est très faible, particulièrement chez les personnes âgées. Il faut porter attention à l’hydratation et aux médicaments. Certaines personnes ont besoin d’être adressées à un spécialiste si leur hypotension est persistante et symptomatique afin d’envisager un traitement (par ex., hormonothérapie, traitement par le sel, port de bas élastiques spéciaux).

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Q : Quel impact les maladies mentales et le stress ont-il sur la tension artérielle ?

R : Le stress aigu peut causer des augmentations de courte durée de la tension artérielle. Lorsqu’il fait face à une situation stressante, notre organisme libère des hormones dans le sang pour préparer notre réaction «  de lutte ou de fuite ». Cette réponse au stress fait augmenter la tension artérielle en incitant le cœur à battre plus rapidement et les vaisseaux sanguins à devenir plus étroits. Cependant, lorsque le stress aigu se termine, la tension artérielle revient habituellement au niveau normal d’avant le stress.

Il est normal de s’interroger sur les effets à long terme du stress sur la tension artérielle. Toutes ces augmentations de courte durée pourraient-elles causer l’hypertension à long terme ? Qu’en est-il des périodes de stress prolongé ou chronique où la réponse de lutte ou de fuite demeure active pendant quelques jours, semaines ou plus longtemps ? Le lien entre les épisodes récurrents de stress aigu et/ou de stress chronique et l’hypertension soutenue est peu clair, mais la recherche sur cette association possible se poursuit.

Nous savons avec certitude que certains comportements liés au stress contribuent directement à l’hypertension soutenue et aux complications connexes, comme la suralimentation, l’abus d’alcool, le tabagisme et un sommeil insuffisant ou de faible qualité. Les activités qui vous aident à gérer votre stress de manière positive vous aideront à améliorer votre santé et à réduire votre tension artérielle. Ces activités comprennent l’exercice, une saine alimentation, le yoga, la méditation, les exercices de respiration contrôlée et l’amélioration de son hygiène du sommeil.

Les maladies mentales, notamment la dépression, sont associées à un risque accru de maladies du cœur, ainsi qu’à des aboutissements moins favorables dans ces cas. Toutefois, on n’a pas fait de lien direct entre les maladies mentales et l’hypertension soutenue. Certains facteurs liés aux maladies mentales et au stress émotionnel connexe – le sentiment d’isolement par rapport à la société ou à sa famille, par exemple – pourraient contribuer à des comportements qui causent l’hypertension, tels qu’un mode de vie malsain et l’oubli de prendre des médicaments prescrits pour les maladies du cœur ou l’hypertension artérielle.

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Q : Qu’est-ce que les proches d’une personne souffrant d’hypertension peuvent faire pour l’aider ?

R : Pour s’assurer une prise en charge efficace de l’hypertension, on doit s’engager à vivre sainement et à prendre régulièrement des médicaments sur ordonnance pour le reste de sa vie. Une personne souffrant d’hypertension doit trouver et maintenir la motivation nécessaire pour abandonner ses « mauvaises » habitudes du passé qui non seulement contribuent à l’hypertension, mais qui déterminent aussi le degré de succès du traitement. En ce qui concerne l’hypertension, un mode de vie sain consiste à :

  • abandonner une alimentation riche en aliments transformés en faveur d’une approche anti-hypertension (alimentation DASH pour l’abréviation anglaise de dietary approach to stop hypertension);
  • faire régulièrement de l’activité physique (accumulation de 30 à 60 minutes d’exercices d’intensité modérée, quatre à sept fois par semaine);
  • faire preuve de modération dans sa consommation d’alcool;
  • maintenir un poids santé ou perdre du poids si nécessaire;
  • ne pas fumer;
  • maîtriser son stress de manière saine.

Il n’est pas surprenant que le soutien de nos proches soit d’une valeur inestimable quand nous essayons d’apporter des changements importants à notre vie. Les proches peuvent non seulement aider la personne souffrant d’hypertension en l’encourageant à respecter son mode de vie sain, mais aussi en s’engageant à changer en même temps par solidarité. Il est bien plus facile de rester motivé quand on n’est pas seul dans sa démarche. De plus, chaque membre de la famille peut bénéficier de l’adoption d’un mode de vie sain.

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Q : J’aimerais connaître votre avis sur le syndrome de la blouse blanche ? Je suis horriblement nerveuse lors de mes rendez-vous médicaux. Comment puis-je contrôler ma tension artérielle quand je suis avec des infirmières et médecins ?

R : La tension artérielle de certaines personnes augmente lorsqu’elles se trouvent chez leur médecin. On appelle cela le syndrome de la blouse blanche. La blouse blanche fait allusion au vêtement porté par le médecin dans un contexte clinique ou médical. On attribue généralement le syndrome à l’anxiété. Il se produit chez environ 20 pour cent des gens et a tendance à être plus fréquent chez les enfants et les personnes âgées. Le syndrome de la blouse blanche peut toucher autant les personnes ayant une tension artérielle normale que les personnes dont la tension est déjà élevée.

Le syndrome ne cause pas de symptômes. Bien que certaines personnes soient conscientes d’être nerveuses lorsque leur tension artérielle est mesurée dans un contexte médical, d’autres personnes se croient détendues et sont inconscientes de leur anxiété sous-jacente. Il est possible de réduire l’impact de la blouse blanche en faisant vérifier sa tension artérielle lors de plusieurs visites (de préférence par une personne autre que le médecin, comme une infirmière ou un assistant médical); la meilleure façon de déterminer si on souffre du syndrome consiste à vérifier sa tension à l’extérieur de tout contexte médical. Vous pouvez le faire de deux façons : procurez-vous un appareil semi-informatisé et faites vos mesures chez vous ou demandez à votre médecin de vous prescrire un appareil entièrement automatisé pour faire mesurer votre tension artérielle sur une période de 24 heures. On appelle cela un contrôle ambulatoire de la tension artérielle. Grâce à cette méthode, votre tension est mesurée à intervalles réguliers sur une période de 24 heures, ce qui donne des informations détaillées sur votre tension tant durant vos activités diurnes que durant votre sommeil.

Il est important de noter que si vous souffrez du syndrome de la blouse blanche, votre risque à long terme d’hypertension est probablement plus élevé. Ainsi, il est important de faire mesurer votre tension artérielle de façon régulière, soit au moins une fois par an, en vous servant d’une des méthodes ci-dessus. Le maintien d’un mode de vie sain vous aidera à prévenir l’hypertension soutenue à l’avenir.

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Q : Quelle serait la tension artérielle cible d’un homme de 60 ans atteint de cardiomyopathie dilatée et d’un blocage de 70 pour cent de l’artère descendante antérieure gauche ?

R : La personne que vous décrivez présente des signes de coronaropathie et d’un dysfonctionnement cardiaque qui laissent soupçonner une insuffisance cardiaque congestive. Dans le contexte d’une maladie cardiovasculaire, les lignes directrices courantes recommandent que le traitement de la tension artérielle vise une tension inférieure à 140/90 mmHg (en fonction des lectures faites en clinique médicale par un médecin). Certains médecins préfèrent une cible de <130/80 mmHg pour maximiser la protection contre toute progression continue de la maladie cardiovasculaire, mais cette cible doit encore être prouvée par des essais cliniques importants. Il reste que cette cible est certainement à privilégier si la personne souffre aussi de diabète ou d’une maladie des reins.

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Q : Je me suis toujours demandé pourquoi certaines personnes peuvent entendre le son du sang qui coule dans leurs veines. Y a-t-il un lien avec la tension artérielle ?

R : Certaines personnes entendent un bruit qui correspond aux battements de leur pouls; il s’agit d’une affection appelée acouphène pulsatil ou vasculaire. Le plus souvent, les gens s’aperçoivent de ce son lorsqu’ils se trouvent dans un lieu tranquille, comme dans leur lit avant de s’endormir. On croit que le son est attribuable à l’écoulement turbulent du sang dans les vaisseaux sanguins du cou. Il peut y avoir un lien avec de nombreuses affections, telles que la présence de liquide ou une infection dans l’oreille moyenne ou encore des anomalies dans les vaisseaux sanguins du cou. Même si l’hypertension ne cause pas de problème, elle peut intensifier le son des pulsations en augmentant le débit sanguin dans les vaisseaux du cou. Par exemple, l’accumulation de plaque de cholestérol dans l’artère carotide (athérosclérose) peut causer un écoulement turbulent du sang qui est audible, tant par la personne touchée mais que par le médecin à l’aide d’un stéthoscope. Le son peut être plus fort ou plus clair si la personne en question souffre d’hypertension aussi.

Bien que la plupart des causes de ce problème soient bénignes, il est important d’en parler à votre médecin pour déterminer si une évaluation poussée et/ou un traitement sont nécessaires.

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Q : Je suis une femme de 68 ans qui souffre d’une hypertension mal contrôlée; elle est typiquement de 150/80, et mon pouls est de 60. Je pèse 16 kilos de trop, même si je mange sainement et fais fréquemment de l’exercice (surtout du cardio et de la musculation avec poids et haltères). Je prends un diurétique, un inhibiteur calcique, un bêta-bloquant et un inhibiteur ECA. J’ai de la difficulté à faire des activités aérobiques intenses (j’éprouve une sensation bizarre où il est difficile d’inhaler profondément, sans que je sois complètement essoufflée). Une amie m’a dit qu’il ne fallait pas faire de l’exercice intensivement si on prend des bêta-bloquants. A-t-elle raison ?

R : L’affirmation de votre amie est vraie en partie. Même si nous ne déconseillons pas l’exercice intensif aux personnes recevant des bêta-bloquants, cette classe de médicaments peut rendre l’exercice plus difficile et réduire l’endurance en diminuant la réponse du cœur aux exigences de l’exercice. Lorsque nous faisons de l’exercice, notre système cardiovasculaire répond aux besoins accrus en oxygène de nos muscles par le biais de plusieurs mécanismes, y compris l’accélération de la fréquence cardiaque et le renforcement des contractions du muscle cardiaque. L’action des bêta-bloquants consiste à ralentir la fréquence cardiaque et à diminuer la force des contractions du cœur, ce qui peut compromettre la tolérance à l’exercice (par exemple, vous n’êtes pas capable de travailler aussi fort ou aussi longtemps que d’ordinaire). Cette action protège le cœur contre les excès et est très importante pour la santé cardiaque de beaucoup de personnes, mais elle peut contribuer à la fatigue et diminuer la performance lors des exercices les plus vigoureux. De plus, si la personne souffre en même temps d’un problème respiratoire sous-jacent comme l’asthme ou l’emphysème, les symptômes de ces problèmes risquent d’être exacerbés par les bêta-bloquants.

Je vous conseille de parler de cette question avec votre médecin. Plusieurs facteurs différents peuvent contribuer à réduire la tolérance à l’exercice et aux problèmes respiratoires, et les bêta-bloquants n’en sont pas nécessairement responsables. Par contre, s’il semble que vos problèmes soient causés par un bêta-bloquant, il est possible que votre dose doive être ajustée ou un autre médicament choisi. Il reste que l’exercice est important pour maximiser votre style de vie sain et vous aider à contrôler votre tension artérielle et votre poids.

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Q : Existe-t-il des médicaments nouveaux dans les classes existantes (inhibiteurs calciques et bêta-bloquants) qui sont plus efficaces que les anciennes versions de ces médicaments ?

R : Voilà une question difficile, car la réponse varie selon le médicament et la classe en question. De façon générale, lorsqu’on commercialise tout nouveau médicament qui s’ajoute à une classe existante, on prétend qu’il possède des propriétés spéciales qui le rendent supérieur aux membres plus anciens de la même classe. Cela peut être très compliqué, tant pour les médecins que pour leurs patients. En général, les bienfaits et les effets indésirables des nouveaux médicaments sont semblables à ceux des vieux médicaments de la même classe. Cependant, il peut y avoir des différences importantes en ce qui concerne la puissance (c’est-à-dire la dose nécessaire pour obtenir l’effet escompté), le type et la fréquence des effets secondaires, la façon dont le médicament est dégradé et éliminé du corps (c.-à.-d. par les reins ou le foie) ou encore le mode d’administration (injection, prise orale, timbre cutané, etc.). Une distinction notable entre les nouveaux médicaments et les vieux réside dans leur durée d’action à la suite de la prise (elle est habituellement plus longue dans le cas des médicaments récents). Une longue durée d’action peut favoriser un meilleur contrôle de la tension artérielle après chaque dose, ce qui permet de réduire la fréquence des prises (idéalement une fois par jour). Cela pourrait contribuer à un contrôle plus uniforme de la tension artérielle sur chaque période de 24 heures, en plus de minimiser les augmentations de la tension si des doses sont manquées ou prises tardivement. De plus, l’observance thérapeutique peut être plus facile si on réussit à réduire le nombre de pilules à prendre chaque jour. Il n’empêche que plusieurs médicaments d’une même classe peuvent être utilisés de façon interchangeable, à condition qu’on prescrive la dose et la posologie (nombre de prises par jour) les plus efficaces possible d’un médicament approprié et ce, tout en portant attention aux effets secondaires. Il est important que chaque patient discute de ses options en matière de médicaments avec son médecin afin de s’assurer que la prescription convienne à ses circonstances et à ses besoins.

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