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Les traumatismes

En juillet 2011, Demandez à l’expert souhaite la bienvenue à la Dre Catherine Classen, psychologue clinicienne et professeure agrégée dans le département de psychiatrie de l'University of Toronto et directrice du Women's Mental Health Research Program au Women’s College Research Institute.

La Dre Classen cherche à améliorer les interventions psychothérapeutiques destinées aux femmes ayant vécu des traumatismes ou d'autres stress importants dans la vie. Elle s'intéresse aussi à développer des interventions Web pour les femmes aux prises avec beaucoup de stress. Elle est auteure des ouvrages Treating Women Molested in Childhood et Group Therapy for Cancer Patients et siège au comité de rédaction de revues prestigieuses consacrées à la question des traumatismes. La Dre Classen a récemment exercé les fonctions de présidente de la société internationale pour l'étude des traumatismes et de la dissociation (International Society for the Study of Trauma and Dissociation).

La Dre Classen a créé le programme de santé mentale en ligne de Femmes en santé, ainsi que le nouveau forum de discussion sur les soins aux personnes traumatisées (approche qui tient compte de l'impact des expériences éprouvantes et de la violence sur la vie de la personne, c'est-à-dire ses relations, sentiments, pensées et comportements.

Les événements traumatisants sont des expériences qui dépassent nos capacités d'adaptation, tels que blessures, menaces de violence, agressions ou abus interpersonnels. Ils peuvent nous causer des sentiments de terreur, de honte et d'impuissance et nous donner l'impression d'avoir perdu le contrôle. Les réactions aux traumatismes peuvent paraître extrêmes ou « folles », mais ce sont en fait des réactions et des symptômes normaux qui nous permettent souvent de composer avec des circonstances très difficiles.

Les traumatismes peuvent avoir un impact sur de nombreux aspects de la vie d'une femme, y compris son identité, ses relations, ses sentiments, ses pensées et ses comportements.

Voici ses réponses à vos questions sur les traumatismes.


Q : Est-il possible d'empêcher les cauchemars et les flashbacks de revenir ? Je pense jour et nuit à des événements violents traumatisants de mon passé. Cela m'arrive tous les jours. Quand je revis les événements dans ma tête, je m'aperçois à peine que je me tire les cheveux ou que je crie « non ! » à haute voix comme une personne folle. Est-il possible de réprimer ces souvenirs afin de ne plus les revivre tous les jours ?

R : Vous décrivez un symptôme classique du trouble de stress post-traumatique (TSPT), même s'il est impossible de diagnostiquer le TSPT en fonction des symptômes seulement. Il semble que vous soyez aux prises avec des flashbacks qui vous donnent l'impression de revivre vos traumatismes. Les cauchemars et les flashbacks sont une tentative de la part du cerveau de trouver un sens à des expériences accablantes et effrayantes. Souvent, le rappel fréquent de souvenirs traumatisants s'accompagne d'hypervigilance (on est extrêmement conscient de ses environs, de peur que quelque chose déclenche un mauvais souvenir) et d'une tendance à employer des stratégies d'évitement dans l'espoir d'empêcher le retour de ses souvenirs angoissants. Bien qu'il soit possible de trouver un soulagement immédiat dans l'évitement, ces stratégies finissent par empêcher la personne de faire face au traumatisme, de sorte qu'elle entre dans un cycle continuel de flashbacks, d'hypervigilance et d'évitement. Si vous évitez de faire face à votre passé traumatique, ces expériences ne pourront s'intégrer dans votre conception de vous-même et du monde, et le cycle se perpétuera. Pour briser ce cycle problématique, je vous recommande de trouver un professionnel de la santé mentale d'expérience pour commencer une psychothérapie. Il ou elle pourra vous aider à composer avec les émotions et les croyances intenses associées à vos expériences et à acquérir une nouvelle perspective concernant les événements de votre vie et leur impact sur votre sens de vous-même et du monde.

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Q : Les gens qui vivent des événements traumatisants tôt dans la vie peuvent-ils s'en remettre et connaître une belle vie ? Tout ce que j'ai lu par rapport aux survivants d'abus émotionnels, de violence et de négligence me laissent croire que les dommages sont à la fois graves et permanents (surtout si les abus ont commencé avant l'âge de quatre ou cinq ans). Est-il possible de se remettre de ce genre de dommages ?

R : Absolument ! Bien des gens parviennent à surmonter les abus et la négligence vécus dans l'enfance, et ils réussissent à mener une vie satisfaisante. Le processus de guérison est influencé par plusieurs facteurs, dont l'ampleur des abus/négligence, les soutiens dont la personnes disposait dans l'enfance et comme adulte et les capacités innées de la survivante. Guérir d'expériences traumatisantes précoces peut prendre de nombreuses années d'un travail dur, mais c'est bien possible, surtout avec l'aide d'un thérapeute compatissant d'expérience et d'un bon réseau de soutien.

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Q : En janvier 2011, je me suis cassé la jambe et, quelques jours plus tard, j'ai eu deux immenses embolies pulmonaires et cinq arrêts cardiaques ! J'ai passé plusieurs semaines aux soins intensifs, puis plusieurs mois de convalescence à la maison et de physiothérapie pour ma jambe. Physiquement, tout va bien maintenant.

Du côté mental, c'est moins évident cependant. J'ai l'impression de vivre dans un brouillard mental par rapport à l'accident et au fait d'avoir failli mourir. Je n'ai pas envie d'en parler ou d'y penser. Toutefois, en tant qu'artiste peintre et écrivaine, je crois que je me dois d'explorer cette expérience majeure dans ma vie. Pourtant j'ai même peur de lire les notes de journal que j'ai écrites durant ma convalescence, sans parler de plonger dans mes sentiments profonds. Je suis comme terriblement choquée de savoir que ma vie aurait pu finir à cause d'un simple trébuchement et d'une chute. Même si je suis heureuse d'être en vie, je suis très attristée et j'éprouve une envie urgente de faire plein de choses au cas où, ainsi qu'un sentiment de culpabilité d'avoir fait vivre ce traumatisme et ma lente convalescence à mes proches.

Selon votre expérience, serais-je en train de vivre un processus particulier, un peu comme un deuil ? Si oui, quelles sont les étapes et quand pourrai-je m'attendre à ce que mon brouillard mental se lève?

R : Il n'y a pas de réponse facile à votre question. La réponse dépendra de vos antécédents personnels, de votre capacité psychologique et de la disponibilité de votre réseau de soutien. Vos réflexions sur votre expérience me laissent croire que vous travaillez déjà fort pour comprendre votre situation et que vous profiteriez de poursuivre vos explorations à petites doses gérables. Un secours professionnel pourrait vous être utile. Cependant, en tant qu'artiste et écrivaine, il se peut que vous disposiez déjà des outils nécessaires pour faire ce travail. Si vous décidez d'explorer cette expérience toute seule, soyez gentille envers vous-mêmes et allez lentement. Et assurez-vous d'avoir un bon réseau de soutien. Permettez-vous d'avancer à un rythme tolérable qui ne vous ébranle pas. Cherchez un professionnel de la santé mentale pour vous guider et soutenir si vous vous sentez dépassée par le processus.

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Q : Je suis survivante d'abus sexuels commis dans mon enfance. J'ai 21 ans aujourd'hui. J'ai récemment terminé une thérapie psychologique et ai confronté mon abuseur. Maintenant, après avoir fait face à tous mes sentiments et travaillé fort pour surmonter un tas de problèmes, je me trouve face à un autre obstacle énorme. Je suis en relation sérieuse et monogame avec un homme merveilleux, mais l'idée de faire l'amour avec lui est terrifiante pour moi. Avant de commencer ma thérapie, notre vie sexuelle était géniale. Maintenant j'ai peur et ne peux tirer aucun plaisir physique de l'activité sexuelle. Comment puis-je apprendre à aimer le sexe de nouveau ?

R : En premier lieu, laissez-moi vous féliciter pour le travail que vous avez fait juqu'à présent pour vous remettre des abus sexuels subis durant votre enfance. Quand je pense au travail qu'il faut faire pour surmonter ce genre d'abus, je pense souvent à l'oignon et à ses nombreuses pelures qu'il faut enlever une après l'autre. Vous avez déjà fait beaucoup de chemin, mais il est clair qu'il reste du travail à faire.

Je me demande dans quel contexte vous avez confronté votre abuseur. L'avez-vous fait pendant que vous suiviez votre psychothérapie ? En avez-vous discuté dans le cadre de votre psychothérapie ? Ou la confrontation a-t-elle eu lieu après la fin de celle-ci ? Si la confrontation a eu lieu après, il est possible qu'elle ait réactivé des souvenirs de vos expériences d'abus, et ce sont peut-être ces souvenirs qui vous empêchent maintenant d'avoir une vie sexuelle épanouie.

Quoi qu'il en soit, il semble que vous soyez en train de revivre votre traumatisme, et c'est une autre pelure de l'oignon qu'il faudra enlever. J'ai deux recommandations à vous proposer. Il vous revient, bien sûr, de décider si elles ont un sens à vos yeux. En premier lieu, je vous suggère de solliciter l'appui de votre partenaire et de lui parler le plus ouvertement possible de ce que vous ressentez lors de vos relations sexuelles. Ensemble, vous trouverez peut-être le moyen de restaurer votre sentiment de sécurité et de rendre vos relations plus agréables de nouveau. Sinon, vous pourriez chercher un soutien professionnel auprès d'un sexologue d'expérience ou d'un spécialiste des traumatismes. Je n'ai pas de doute que vous serez capable de surmonter cet obstacle et d'avoir de nouveau une bonne vie sexuelle avec votre partenaire.

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