Comprendre que la violence faite aux femmes est un enjeu pour les hommes (article de Femmes en santé)
(Ressource Web; Ressource FES)
Auteur : Patricia Nicholson Organisme : Women's College Hospital, Femmes en santé
Le vendredi 4 décembre 2009, Women’s College Hospital a tenu ses activités commémoratives annuelles à la mémoire des victimes du massacre de Montréal. L’événement marquait les 20 ans de la tuerie de l’École polytechnique où 14 jeunes étudiantes ont été victimes d’un massacre ciblant spécifiquement des femmes. Le personnel de l’hôpital, des fonctionnaires et des ministres du gouvernement ont assisté à la commémoration axée sur un devoir de mémoire et d’action continue pour mettre fin à la violence faite aux femmes.
Dans son exposé central intitulé Why Men Matter: Preventing Gendered Violence (Impliquer les hommes : prévenir la violence de genre), la Dre Lori Haskell, psychologue clinicienne, a mis en évidence la nécessité de faire comprendre que la violence faite aux femmes est plus qu’un « enjeu des femmes ».
« Le 6 décembre rappelle une douloureuse tragédie, le massacre horrible de 14 femmes. Ces 14 femmes ont perdu la vie parce qu’elles étaient des femmes, et parce qu’elles étaient des étudiantes en génie qui incarnaient les percées incroyables que nous avons réussies à accomplir pour garantir l’égalité aux femmes », a déclaré la Dre Haskell, professeure adjointe en psychiatrie à l’Université de Toronto et associée en recherche au Centre de recherche sur la violence faite aux femmes et aux enfants. « Cette année, dans notre réflexion sur le problème de la violence faite aux femmes, je veux parler, non pas des femmes, mais des hommes. »
La Dre Haskell s’est concentrée sur trois points : les raisons pour lesquelles la violence faite aux femmes est effectivement un enjeu pour les hommes, le fait qu’il y a certains défis à relever pour mobiliser les hommes en faveur du changement afin d’éliminer la violence faite aux femmes et les raisons pour lesquelles une action globale de la part des hommes s’impose pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes.
La prévention est une priorité
Afin d’illustrer la nécessité de s’attaquer au problème différemment, la Dre Haskell a utilisé une analogie médicale.
« Nous ne nous attaquerions pas à un problème de santé envahissant tel que le cancer du poumon en nous concentrant exclusivement sur ce que sont les poumons une fois qu’ils sont atteints. Au contraire, nous mettrions au point des théories sur les causes du cancer, sur ce que nous pouvons faire et ensuite nous nous attaquerions aux comportements ou facteurs environnementaux qui contribuent au cancer. Et nous éliminerions définitivement les conditions qui permettent son développement », a-t-elle déclaré.
Vu la demande extrêmement forte de services pour les victimes, il peut être difficile de trouver des ressources pour la prévention. Mais nous ne pouvons plus considérer la prévention de la violence faite aux femmes comme un élément secondaire, a déclaré la Dre Haskell.
« Pendant des décennies, les échanges, la recherche et les services ont été en grande majorité axés sur les victimes de viol, l’agression sexuelle d’enfants et le traitement des effets à long terme de ces actes de violence sur leurs vies. Ainsi, ce qui a particulièrement fait défaut est d’avoir une approche parallèle soutenue pour mieux comprendre les personnes qui commettent ces actes de violence. »
La Dre Haskell a insisté sur le fait que la plupart des hommes ne sont pas violents. Cependant, les actes de violence contre les femmes sont en grande majorité commis par des hommes.
« La violence faite aux femmes n’est pas causée par les femmes et elle ne cessera pas si l’on se concentre sur ce que les femmes peuvent faire pour changer leur vie face à ce phénomène », a-t-elle déclaré. « Le fait que des hommes pensent que cela n’est pas leur problème est en réalité une partie du problème. »
Il est temps que les hommes rompent le silence face à cet enjeu.
« Dans leur vie professionnelle et personnelle, la plupart des hommes ne considèrent pas l’élimination de la violence masculine à l’égard des femmes comme un enjeu prioritaire », a déclaré la Dre Haskell. « Appeler le problème clairement ‘violence des hommes à l’endroit des femmes’ n’empêche nullement de reconnaître les contributions positives que de nombreux hommes ont apportées, et continuent d’apporter, en œuvrant pour mettre fin à la violence faite aux femmes. Cela ne veut pas non plus dire que tous les hommes sont faits de la même étoffe. »
Motivation et mobilisation
Une partie du défi est d’inciter les hommes à être suffisamment sensibilisés pour s’engager.
« Nous devons imaginer ce qui arriverait si la violence faite aux femmes était reconnue comme une violation des droits humains, ce qu’elle est en fait. Nous devons imaginer ce à quoi ressemblerait notre société si elle comprenait bien que la violence faite aux femmes est l’un des plus grands obstacles pour la santé des femmes, leur mieux-être et l’égalité », a-t-elle ajouté. « Nous devons penser à ce qui arriverait s’il y avait suffisamment de volonté politique pour coordonner des efforts généralisés et étendus au niveau de la prévention. »
De nouveau, la Dre Haskell a utilisé une analogie médicale pour illustrer son propos, en montrant comment des collectivités ont été mobilisées et se sont concentrées sur les ressources concernant le virus de la grippe H1N1. Elle a souligné que les centres d’épidémiologie ont signalé 43 000 cas de grippe H1N1 en l’espace de trois mois, tandis que les agressions sexuelles signalées durant la même période se chiffraient à 2,5 millions de cas.
« Une campagne extraordinaire, efficace et généralisée a été lancée pour sensibiliser la population à la fois au virus et à la nécessité de se faire vacciner pour garder la société en santé », a-t-elle déclaré. « À quoi assisterions-nous si on avait la même volonté politique et ces ressources axées sur la prévention de la violence à l’égard des femmes, pour garder notre société en santé ? À quoi assisterions-nous si nos médias, nos institutions et notre débat public s’investissaient autant pour la prévention de la violence comme ils l’ont fait pour la prévention de la grippe H1N1 ? »
Pour la prévention d’une pandémie, on voit les efforts urgents, coordonnés et imposants que les gouvernements, les médias et les systèmes de soins de santé déploient pour fournir un message continu et répandu que nul ne peut ignorer.
« Alors imaginez que chaque jour, on trouve en manchette dans nos journaux nationaux des statistiques sur le nombre de femmes victimes de viol ce jour-là, d’enfants victimes d’abus sexuel et de femmes battues ou tuées par leur partenaire », a déclaré la Dre Haskell. Imaginez les ressources pour un traitement immédiat et une discussion étendue sur les personnes qui ont commis ces actes et les raisons qui les ont amenées à le faire. Imaginons un débat public continu dans le courant dominant – et pas seulement des échanges entre spécialistes – sur ce que nous pouvons faire pour nous assurer qu’il n’y aura pas une autre vague de ce genre de violence. »
Comparer les réactions face à la violence faite aux femmes et face à la grippe H1N1 montre clairement que la violence faite aux femmes n’est pas considérée comme une pandémie, a-t-elle déclaré.
« On ne voit pas que c’est quelque chose que nous pouvons arrêter et qu’il s’agit de quelque chose pour lequel nous pouvons coordonner une campagne d’éducation du public à un haut niveau. Nous devons nous demander pourquoi ? »
Favoriser l’action
Une action globale de la part des hommes contre la violence faite aux femmes est nécessaire, a déclaré la Dre Haskell.
« On ne doit pas fermer les yeux et penser que cela n’a rien à voir avec nous », a-t-elle déclaré, en ajoutant qu’il y a en fait une voix globale émergente pour les hommes.
« Des millions d’hommes à l’échelle du monde travaillent aux côtés des femmes et commencent à se prononcer vivement sur ces enjeux. »
Un exemple est la campagne du Ruban blanc, une idée qui vient du Canada et qui a été adoptée par d’autres pays. Cette campagne encourage les hommes à porter un ruban blanc comme signe public visible d’engagement pour dire que la violence faite aux femmes n’est pas permise, que l’on ne ferme pas les yeux et que l’on est déterminé à rompre le silence à ce sujet.
« La campagne du Ruban blanc est l’un des efforts les plus importants dans le monde que déploient les hommes qui œuvrent pour mettre fin à la violence faite aux femmes. Et je pense que les hommes de cette campagne seraient les premiers à dire que le simple fait de porter un ruban ne suffit pas. Mais c’est un début crucial pour une sensibilisation et des actions accrues. »
Avant le massacre de Montréal, et depuis cette tragédie, de nombreuses femmes et de nombreux hommes œuvraient et continuent d’œuvrer pour mettre fin au viol, à la violence conjugale et à l’agression sexuelle d’enfants. L’un des changements positifs que la Dre Haskell a vus depuis les événements du 6 décembre 1989 est le commencement d’une discussion dont nous avons grand besoin pour comprendre que la violence faite aux femmes est un enjeu pour les hommes.
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Objectif :
Information/soutien aux consommatrices; Information sur la santé
Source de l'information :
Hôpital/Clinique
Origine géographique :
Canada
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Français
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Femmes adultes
Dernière révision par Femmes en santé :
11 janvier 2010
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